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Cette année, la compagnie a décidé de monter une adaptation de la Réunification des deux Corées de Joël Pommerat.

Les seize comédiens joueront en mai pour des représentations tout public et en juin au Centre Emma Ventura et à l'hôpital de Clarac.

En une mosaïque de vingt instants singuliers (dont douze sélectionnés pour cette production), la Réunification des deux Corées explore la complexité des liens amoureux. Amants, amis, couples mariés ou adultères, vieilles histoires et relations passagères esquissent un tableau réaliste de ce qui nous attache et nous déchire en même temps. Réel ou ressenti, il n’y a pas d’amour, il n’y a que des manques d’amour.

Joël Pommerat : Né en 1963, auteur et metteur en scène, il a fondé en 1990 la compagnie Louis Brouillard. Il a été artiste en résidence au théâtre des Bouffes du Nord à Paris, invité par Peter Brook (2006-2010), avant d’être associé à L’Odéon théâtre de l’Europe (2010-2013) et au théâtre de Bruxelles. Il est l’auteur d’une trentaine de pièces, entre autres, des Marchands, cet Enfant, au Monde, Cendrillon, Pinocchio et Ça ira (1) Fin de Louis.

Réunification des deux corées Martinique

Distribution : Fabrice Acelor, Olivier Agnus, Marilou Bouvier, Délo Colineaux, Simon Dabkowski, Rodolphe Delarue, Nathalie Driguez, Murielle Dromard, Annie-Claire Fédière, Rachel Ferrere, Pierric Le Petit, Sandrine Martail, Juliette Muguet-Guénot, Clarisse Pavilla, Thierry Perrin, Véronique René. 

 

Texte de Joël Pommerat

Adaptation de L'Autre Bord Compagnie

Mise en scène : Caroline Savard et Guillaume Malasné

Lumière / Son : Valéry Pétris

 

Cette création théâtre amateur est soutenue par la DAC Martinique, la CTM, le théâtre Aimé Césaire et le CHU Martinique.

Remerciements à Mmes Michèle Césaire et Agnès Froux.

 

Photos : Mathieu Guérart

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Article paru dans Madininart le 28 mai 2016:

« La réunification des deux Corées » : Qu’il est difficile d’aimer…

Par Roland Sabra 

Qu’il est difficile d’aimer…Gilles Vigneau le chantait dans « Le doux chagrin ». La Cie l’Autre Bord le rappelle avec « La réunification des deux Corées » de Pommerat qui « se présente sous la forme d’une suite de petits fragments fictionnels, comme des nouvelles, sur un thème à peu près commun. » l’amour, rêvé, vécu, déçu. Des nombreuses références culturelles de la pièce, qui vont de Bergman à Tchekhov en passant par Wong Kar-wai, les deux metteurs en scène, Malasné et Savard ont mis en évidence celle qui renvoie à Arthur Schnitzler. On retrouve la structure séquencée en dix dialogues de « La Ronde » de l’écrivain allemand et une thématique semblable celle des relations autour de l’amour avec des personnages dont l’identité, tels des archétypes n’est pas précisée. La scène d’ouverture et celle de clôture de « La réunification », « le prix de l’amour » est d’ailleurs un parallèle de la première scène, « la fille et le soldat » de « La Ronde ». Une prostituée se brade pour un passant qui souhaite rentrer retrouver sa femme chez lui. Le jour de son mariage, une femme apprend que son futur mari a eu des aventures avec chacune de ses quatre sœurs. Une femme a été engagée pour garder des enfants, mais ceux-ci n’existent pas. Quand le couple qui l’emploie rentre, elle est accusée de les avoir enlevés. Une femme quitte son compagnon car pour elle, l’amour ne suffit pas…

C’est peut-être cet épisode, bergmanien en diable, tout droit venu de « Scènes de la vie conjugale », au cours duquel la femme quitte son mari avec lequel elle partage des centres d’intérêts communs, auquel elle ne reproche rien si ce n’est l’absence d’amour, qui illustre le mieux le propos de Pommerat. Qu’en est-il de la relation amoureuse ? Le lien amoureux excède la liaison amoureuse. Il implique un attachement qui au-delà de l’amour peut être engendré par la contrainte. Les théories de l’attachement montrent assez bien où s’enracinent ce désir de lien et comment il peut conduire à un sentiment de menace de l’individualité. En cas de déchirure du couple, une part inconnue de soi déposée dans l’être aimé semble perdue. « La réunification des deux Corées » ou l’art de se tromper soi-même. L’amour, rêvé, vécu, déçu. La rencontre de l’autre qui n’a pas eu lieu, qui n’a pas lieu, qui n’aura pas lieu. L’autre, si différent de ce que l’on attendait, espérait, croyait…

Le pari de l’Autre Bord Cie était audacieux et il a été gagné. Les comédiennes et comédiens amateurs ont été dirigés. C’est indéniable. Ils font preuve d’une belle présence, d’une belle occupation du plateau et d’une belle économie de mouvements au service du propos. Se ressent une exigence de précision du geste et du dire que l’on ne retrouve pas toujours dans des troupes dites « professionnelles » que l’on connaît ici. La mise-en-scène, n’est pas une copie du travail de Pommerat mais une lecture différente, compte tenu de moyens ô combien différents, mais néanmoins fidèle à l’auteur. Les lumières dessinent au sol des espaces qui sont des clins d’œil, au dispositif bi-frontal de la création originale. Involontaires, sans doute, ils témoignent d’une vraie lecture du texte puisqu’elle conduit à des similitudes. Il y a aussi une belle alternance de moments drôles, graves, bouleversants et inquiétants. La troupe, dirigée, on le soulignera encore, est bien sûr inégale dans ses prestations. Mais au delà de quelques cris inarticulés et inaudibles, quelques gaucheries, quelques maladresses corporelles, quelques placements malhabiles, il y a de la ressource et le public ne s’y est pas trompé avec ses applaudissements appuyés, certes justifiés, mais souvent intempestifs. Un travail que l’on espère revoir.

Fort-de-France, le 28/05/2016

R.S.