La voix d'Alice : Une traversée théâtrale avec le collège Gérard Café du Marin
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De septembre à décembre, le metteur en scène et comédien Guillaume Malasné a investi chaque mercredi matin le collège Gérard Café du Marin pour y ouvrir un espace rare : un véritable laboratoire théâtral, un lieu où l’on cherche, où l’on écoute, où l’on se risque. À partir de L’Enfant sauvage de Céline Delbecq — monologue dont il assurera lui-même la mise en scène et qu’il interprétera en 2027 — il a invité les élèves de 4e D à entrer dans la fabrique du théâtre, non pas comme spectateurs, mais comme explorateurs.
Ce projet est né d’un partenariat étroit avec Mme Salomon, professeure de français, et Mme Louis-Alexandre, professeure documentaliste. Ensemble, ils ont accompagné les élèves dans une découverte totale : celle d’un art qu’ils connaissaient peu, d’un espace qu’ils n’avaient jamais habité, d’une manière de se tenir, de dire, d’imaginer. Rien n’était familier. Peu à peu, les corps se sont affirmés, les voix se sont déployées, l’imagination s’est ouverte, et le groupe a appris à créer ensemble, à porter un récit commun.
Au fil des séances, un texte est né : La Voix d’Alice. Un texte miroir, un négatif poétique qui donne enfin la parole à Alice, personnage mutique de L’Enfant sauvage. Comme si l’on éclairait l’envers du silence, comme si l’on révélait ce qui, dans la pièce originale, restait en retrait. Les élèves ont découvert qu’un texte peut surgir sous leurs mains, qu’une voix peut apparaître là où on ne l’attendait pas.


Fin janvier, le travail a quitté la salle de classe pour rejoindre le Théâtre de l’Envol, où les élèves ont présenté leur création à une autre classe de 4e de Ducos. La semaine précédente, Guillaume Malasné et Catherine Grébille, directrice de Korzémo – L’Envol, s’étaient rendus au collège de Ducos pour présenter le projet. Une première rencontre simple, directe, qui a préparé le terrain et ouvert un dialogue entre les deux groupes.
La matinée au théâtre fut vibrante : on y sentait le trac, la fierté, et cette émotion particulière qui naît lorsque des adolescents découvrent qu’ils peuvent tenir un plateau, habiter un espace, partager une parole.
Cette rencontre est née tout naturellement des échanges entre L’Autre Bord Cie, porteuse du projet, et l’équipe du Théâtre de l’Envol, pour qui l’éducation artistique et culturelle fait pleinement partie des missions. De cette discussion est apparue l’évidence : réunir les élèves, leur offrir un espace de rencontre et de partage au sein du théâtre.

Le projet a été rendu possible grâce au soutien de l’Académie de Martinique, de la Direction des Affaires Culturelles — présente ce jour-là — et du dispositif APACE, conçu par la DAC et la DAAC pour encourager des projets artistiques en milieu scolaire dans le cadre du « 100 % EAC ». En soutenant des artistes autour de créations en cours et de résidences dans les établissements, l’APACE permet à l’art d’entrer à l’école comme une expérience fondatrice, sensible et partagée.
À l’Envol, scène labellisée d’intérêt national Art, Enfance, Jeunesse et Paysage, les élèves ont découvert un théâtre comme on découvre un territoire : avec étonnement, avec respect, avec la sensation qu’un espace s’ouvre. Ils ont compris que le théâtre n’est pas seulement un art, mais une manière de faire groupe, de respirer ensemble, de construire une présence commune.
Début février, de retour au collège, ils ont rejoué à trois reprises leur création devant leurs camarades et leurs parents. Trois moments intimes, parfois plus émouvants encore, où l’on voyait la fierté affleurer, la confiance se confirmer, et la joie simple de partager un travail né collectivement.
Cette résidence a laissé une empreinte durable. Les élèves ont gagné en aisance corporelle, en présence vocale, en confiance dans leur imagination et dans leur écriture. Ils ont surtout expérimenté ce que signifie mener un projet collectif, où chacun compte, où chacun porte une part du récit.
L’histoire se poursuivra l’an prochain : les deux classes seront invitées à assister aux représentations professionnelles de L’Enfant sauvage, mises en scène et interprétées par Guillaume Malasné. Un retour à la source, une boucle qui se referme — ou peut-être qui s’ouvre encore davantage.























































































































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